Contextes et gestes de l’écriture littéraire numérique

15 novembre 2012 _

avec Bertrand Gervais , Pierre Menard, Sarah-Maude Beauchesne

Si l’écriture a partie liée avec la temporalité, il ne fait aucun doute qu’Internet en a profondément modifié le geste et le rythme : la publication peut se faire dans l’instant et sans délai, rendue disponible immédiatement pour les internautes. À qui et comment s’adresse alors le texte produit ? Comment l’auteur négocie-t-il son geste au clavier avec l’espace public de publication ? « L’œuvre » se trouve-t-elle affectée par son lieu de production, l’espace multiforme qu’est le web ?


Ressources

Texte de l’intervention de Pierre Ménard sur liminaire

Bertrand Gervais est fondateur et directeur du NT2, Bertrand Gervais travaille à de nombreux programmes de recherche sur l’imaginaire, la lecture littéraire et les nouvelles expériences de la textualité. Il a été co-récipiendaire du Prix d’excellence en recherche de l’Université du Québec pour les arts et les lettres en 1998. Il a publié de nombreux essais et ses travaux les plus récents portent sur les hypertextes de fiction. À côté de son activité de chercheur, Bertrand Gervais est aussi écrivain et romancier : ce double profil de praticien et théoricien rend son expertise particulièrement précieuse et adapté à l’approche du séminaire.

"L’atelier de l’écrivain"

Que signifie « publier » quand il s’agit de mettre en ligne un billet de blogue ? On rend en effet public un texte, une information, un compte, un bout de roman. Mais il y a une différence très forte par rapport à une publication papier. Dans cette présentation il s’agira d’analyser d’un point de vue théorique, mais aussi sur la base d’une longue expérience d’écrivain numérique, cet « entre-deux » qui constitue la publication en ligne.

Bibliographie
- Ce n’est écrit nulle part - espace de création virtuel
- L’imaginaire de la fin : temps, mots et signes. Logiques de l’imaginaire. Tome III, Montréal, Le Quartanier, coll. « erres essais » 2009, 227p.
- La ligne brisée : labyrinthe, oubli et violence. Logiques de l’imaginaire. Tome II, Montréal, Le Quartanier, coll. « erres essais » 2008, 207p.
- Figures, lectures. Logiques de l’imaginaire. Tome I, Montréal, Le Quartanier, coll. « erres essais » 2007, 243p.

Sarah-Maude Beauchesne est une jeune auteure québecoise dont l’écriture naît en ligne. Son écriture très particulière, sa façon de raconter se construisent et se réalisent sur le web. Ses nouvelles, dont deux recueils ont été publiés chez publie.net, sont un exemple significatif de la spécificité de l’écriture numérique. Invitée à la séance sur le "Geste et contexte de l’écriture littéraire numérique", elle partagera son expérience et ses réflexion sur le sens de la publication en ligne.

"Les Fourchettes : l’intimité qui s’impatiente"

Au centre du blogue Les Fourchettes ; l’autofiction, la ligne mince ou pas entre le réel et l’inventé, l’art de jouer avec la curiosité du lecteur. Ses histoires, ses moments de vie racontées, donnent au lecteur, via le web, l’impression d’avoir un accès presqu’illimité à un univers, soit le dedans d’une tête de fille-femme, qui, autrement, resterait inconnu ou trop complexe par bout.
La forme du blogue rend accessible des détails d’intense intimité rapidement, tout en offrant un visuel varié par la photo, principalement, mais aussi par la langue, son rythme, sa ponctuation, ses mots nouveaux qui s’inventent à mesure que le langage du personnage évolue.
Le blogue donne à l’écriture une liberté bordélique à travers une créativité sans discipline, presqu’automatique.
Les fourchettes, c’est une façon d’écrire un peu tannante qui raccourcit le souffle parfois parce qu’elle est trop énervée de se faire lire.

Philippe Diaz (alias Pierre Ménard) est un auteur très investi dans le champ de l’écriture et de l’édition numériques. Bibliothécaire à la médiathèque de l’Astrolabe à Melun, il enseigne àSciences Po Paris et anime régulièrement des ateliers d’écriture et de création multimédia. Pierre Ménard est le pseudonyme qu’il a choisi en tant qu’écrivain. Il est le fondateur du site www.liminaire.fr, un site aux croisements web et littérature. Il participe au comité éditorial de Publie.net et y anime la revue de création Internet : d’ici là.

"Deux temps, trois mouvements"

Mon travail, c’est du temps. On dirait ces petits cailloux qui disent le chemin parcouru. Il y a cependant, dans la contrainte d’une écriture au quotidien, un défi. Faire que ces textes soient des franchissements qui m’emportent où je n’ai pas prévu, là où on ne va pas avec sa raison ni même l’intuition.
Il faut rendre sous forme de mouvement ce qu’on a emprunté, et c’est ainsi qu’on devient peut-être libre. Quelque chose dans cet assemblage reste volontairement mal recousu, dépareillé. Ce caractère épars colle évidemment à la représentation du monde.
Tout ce que l’on fait pour distraire l’attente, ses chemins de traverses qu’on appelle dédale.
Les écrivains ont toujours perdu du temps. L’étude du monde réel par le voyage, la flânerie qui invente la ville. J’aime cependant que le hasard me porte à la frontière. Continuer dans cette voie. Ne point tant encadrer l’image que cacher ses alentours.
Écrire sans arrêt, toujours et nuit, partout. Mais ce n’est pas une fuite en avant. J’avance à mon rythme. L’impression de foncer, en fait c’est assez troublant. Deux temps, trois mouvements. Au début on ne s’en rend pas compte, toujours dans cette activité débordante, on écrit avec au moins l’impression de laisser des traces derrière soi comme autant de jalons. La vitesse pour devenir visible, pas le contraire. On avance pour apparaître. Faire surface plutôt qu’arrêter le temps dans les marges de ce qu’on écrit.
Faire date. On y travaille chaque jour pourtant.

Bibliographie
- Le spectre des armatures, Le Quartanier, 2008.
- Quand tu t’endors, Actes Sud junior, 2008.
- En un jour, Publie.net, 2008.
- Deux temps trois mouvements, Publie.net, 2010.
- En avant marge, Publie.net, 2011.
- Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture, Publie.net, 2012.