Le profil comme production de réel

Les modes d’existence des choses au prisme des transactions identitaires

18 février 2016 _

avec Gérard Wormser, Marcello Vitali Rosati

Organisation : Gérard Wormser, Sens public

Nous interagissons en permanence avec notre environnement : c’est là une donnée anthropologique centrale. La caractéristique contemporaine de ces interactions consiste à intégrer notre identité sociale, affective, communicationnelle, esthétique dans un environnement relationnel technologiquement structuré. Cet environnement relationnel forme en quelque sorte le filtre de nos actions : il contribue à leur donner un cadre d’opérationnalisation, permet diverses anticipations, récursivités, transactions et expérimentations dont les effets en retour nous assignent une identité. En un sens, au « doublet empirico-transcendental » qui définissait le sujet traditionnel (Cf : Foucault, les mots et les choses) à l’articulation de possibilités pratiques (corporelles, cognitives, sociales) et de formes prescriptives (normes de conduite, valeurs incorporées, orientations existentielles, normes institutionnelles) aurait succédé non pas comme le voyaient en leur temps Heidegger ou Foucault un délaissement métaphysique qui situerait le phénomène humain comme une question adressée au monde comme totalité des interactions, mais bien davantage une intensification des liens qui absorbent le monde au cœur de nos gestes. Nous pourrions ainsi renvoyer au sens ancien du terme de gestion pour désigner ces « faits et gestes » qui nous caractérisent tant pour dessiner notre avenir que pour matérialiser notre passé. La temporalité contemporaine est ainsi marquée par l’extraction de nos gestes de leur contexte de production pour qu’ils deviennent autant de traces qui signalent notre existence. Jamais autant la distinction entre la mémoire autobiographique et les attestations matérielles n’ont divergé, sauf à supposer que ces attestations constitueraient en propre une mémoire pour nombre de nos contemporains.

Ressources

Gérard Wormser

Philosophe et éditeur, fondateur et directeur de Sens Public qu’il a conçu comme un réseau de ressources centré sur une revue. Spécialiste de phénoménologie morale et politique, il est l’auteur d’une thèse sur Jean-Paul Sartre. Membre du comité des Temps modernes, où il a fait paraître plusieurs de ses nombreux articles, il a également accueilli et interviewé de nombreux chercheurs à l’École normale supérieure de Lyon. Organisateur de congrès et de débats, il a suscité des colloques, rencontres internationales, dont La Représentation du Vivant  à Lyon, Tolérance et différence en Slovaquie, L’internet, entre savoirs, espaces publics et monopoles à Paris, et, dans le cadre du Laboratoire Éditorialisation des Sciences humaines et sociales qu’il a créé à la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord, Multilinguisme et travail en réseau (Congrès Eurozine à Paris), La gouvernance du numérique éditorial (avec le TGE-ADONIS du CNRS). Il a lancé le Séminaire parisien de Sens Public à l’INHA (2009-2011) puis à Beaubourg (2011-2013). Son action européenne a débouché notamment sur l’ouvrage collectif « Europe, le miroir brisé » (2006) et se poursuit dans le cadre de plusieurs réseaux internationaux. Il met sa compétence au service des acteurs publics et privés désireux de thématiser les questions relatives aux dilemmes des organisations face au changement des cultures et aux réseaux de connaissance (INET/CNFPT, Caisse des Dépôts, comité scientifique de Cadres CFDT, Erasmus Expertise...). Ces thèmes font aussi l’objet de ses activités à l’IEP de Paris où il préside la Bourse Max Lazard.

Marcello Vitali-Rosati

Professeur agrégé de Littérature et culture numérique au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal (UdeM), où il enseigne depuis 2012, il mène une réflexion philosophique sur les enjeux des technologies numériques : la notion d’identité virtuelle, le concept d’auteur à l’ère d’Internet, et les formes de production, de publication et de diffusion des contenus en ligne. Des bribes de cette réflexion sont disponibles sur mon blogue Culture Numérique, hébergé par la revue en ligne Sens Public, ainsi que dans mes ouvrages : notamment les plus récents S’orienter dans le virtuel (2012) et Égarements : Amour, mort et identités numériques (2014). Il est membre du CRIHN, de Sens Public, du Grafics et du CRIalt, tout comme du conseil d’administration de Canadiana et du comité scientifique du Fonds Paul Zumthor. Il fait également partie du comité de rédaction de la revue MuseMedusa. Depuis 2009, il codirige et coorganise le séminaire Écritures numériques et éditorialisation créé en 2008 avec Gérard Wormser, en collaboration avec l’INHA puis l’Institut de recherche et d’innovation du Centre Pompidou (Iri). Depuis 2012, le séminaire a lieu chaque mois en vidéoconférence entre Montréal et Paris et est retransmis en direct sur Polemictweet. Depuis 2013, il est le cofondateur et le codirecteur de la collection Parcours Numériques, publiée aux Presses de l’Université de Montréal, aux côtés de Michael E. Sinatra. Il est également l’auteur de Navigations, expérience littéraire numérique, parue chez Publie.net. Après avoir étudié la philosophie à l’Université de Pise et publié une première monographie sur Emmanuel Lévinas, il obtient un doctorat en philosophie (Pise/Paris IV-Sorbonne, 2006). Sa thèse — publié en 2009 sous le titre Corps et virtuel. Itinéraires à partir de Merleau-Ponty — portait sur le concept de virtuel, notion à laquelle est également consacré son essai S’orienter dans le virtuel. Il a précédemment enseigné à l’Université pour étrangers de Pérouse (Italie) et dans des écoles d’art et de technologie à Paris


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